
stade la Servette (suite)
Mais non, ce devrait être un parc d'après ce que disent un très léger sourire aux coins des lèvres, mes voisins suisses et mes connaissances d'alentour. Un sourire -petit morceau de l'iceberg d'une grande satisfaction. J'apprécie ce silence, ce mi-sourire et ce qu'il cache de victoire des défenseurs d'espaces verts en ville. Oui, mes interlocuteurs défendent l'idée d'une nature parquée mais présente dans tous les quartiers de Genève. Et bien d'autres villes suisses sont des villes-à-la-campagne. Cet amour presque fétichiste pour la nature est sans doute lié à la conception de l'Eden, du jardin originel. Pourquoi devrait il ici avoir des palmiers et des orangeraies? Non, ici, c'est de la Montagne immaculée que provient la source. L'éblouissant symbole que cette cime enneigée dans ce ciel trop grand . La pyramide blanche en lévitation. Pureté par excellence. Une image forcément fragile : Un rien l'agresse. Elle ne supporte pas d'intrusion. Tout ajout de couleur serait une pollution, une vulgarité, un blasphème. Il y va de son intégrité.
Ce territoire-éprouvette n'est pas sans rappeler un sentiment national: se croire isolé au milieu d'un continent. Le Tibet de l'Europe. Illusion insulaire. -sourire sur un iceberg de réserves. un iceberg d'évaluations mentales. Le Temps, circonspect, de la mesure. Le silence d'un à-peine sourire. Latence réfléchie. Comme perdue en pleine nature. Abandonnée au milieu du marasme. Au milieu d'une mer de nuages. Néant bleu. C'est cela le discret rictus de mes voisins de la Servette: Juste un peu au dessus de la ligne de flottaison, une fossette, c'est cela le sourire d'iceberg.
Renseignements pris: Le Parc de la Servette s'appellera "Parc Hentsch" (parce que c'est "imprononçable" dixit un copain peu enclin à la locacité). Ce sera un square, encadré par deux nouvelles barres d'immeubles. Il aura ce côté "privé" d'un grand parc de villa de notable local, un iceberg de verdure dérivant imperceptiblement dans des eaux tropicales.
N. Genève, 6 février 2006