entomol

Là où j’habite, c’est bien différent de là d’où je viens . Mais j’ai la conviction d’être de cette ville, que j’habite depuis le temps, même si je n’ai pas le passeport du pays et que je ne serai jamais de cette nationalité .

J’appartiens à ce quartier. Je n’en ai pas d’autres ; J’y ais des droits et des devoirs. Je comprends les attentes de mes cohabitants . J’ai mis longtemps à être admis . j’en ai payer le prix : des attentes ; des humiliations, des épreuves. Les frontières sont arbitraires et tendent à devenir floues, floues pour les transports de marchandises, floues pour des idées, des modes, des mœurs, des musiques, des images, des messages, des savoirs, floues pour l’argent , pour les virus, les catastrophes, enfin floues pour tout ou presque si ce n’est pour l’Homme.

Par contre une ville, un quartier , ce n’est pas flou. C’est encore une échelle dans laquelle peut intervenir l’individu.Il y a un rôle, des habitudes, des repères. Il peut circuler librement. Il peut s’y sentir chez lui. Moi qui suis Coréenne il m’arrive de dire " Chez moi, à Frankfort… ". J’y suis aide-soignante depuis 12 ans . L’Allemagne et la Corée ont des accords depuis des décennies pour que des Coréens du secteur médical viennent s’installer en Europe. J’ai investi dans cette ville l’héritage de mon père décédé. Et cela fait donc plus de dix ans que je soigne les gens d’ici. Mes deux enfants sont nés ici. Comment pourrais je être moins d’ici que d’ailleurs ? Non , ma vie est ici. Dans cette ville.

Solan Know